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Sergio

à bord
Sergio

Je me rends à bord du voilier trois mâts où SERGIO m’a invité à le rencontrer. Il pleut, le ciel est uniformément gris mais la cordialité de son accueil compense largement la morosité du décor. Je m’avance sur la coupée et il me met en garde lorsque j’en descends les marches trempées de pluie pour le rejoindre sur le pont inférieur. Il est de quart. Nous disposons d’un temps limité et le bateau repart le lendemain. Comme il affectionne de le faire avec tous les visiteurs il me montre rapidement le quartier des stagiaires avec leurs cabines et la longue table commune où le couvert est dressé.


Sergio L. a 60 ans, est célibataire, français originaire de la région lyonnaise, ses ancêtres ont émigré d’Italie.

La mémoire de l’oncle qu’il n’a pas connu, décédé en servant dans la marine nationale italienne, n’est sans doute pas étrangère à sa vocation maritime. Tout jeune il collectionnait les images de voiliers découpées dans les magazines.

Pendant son service militaire en 1977 il a tout fait pour être affecté dans la marine à Brest sur un escorteur rapide pendant 14 mois.

Titulaire d’un DUT de génie électronique, il décrit un début de parcours professionnel très fragmenté avec pour constante la conduite automobile, effectuant en particulier des livraisons internationales sur des véhicules rapides.

Le désir de mer lui reviendra en découvrant l’œuvre du Père JAOUEN par des reportages télévisés. Il effectue alors avec lui plusieurs voyages comme passager stagiaire payant et finira par être intégré pendant quatre ans aux équipages du « Bel Espoir » et du « Rara-Avis ».

Fort de cette expérience il s’inscrit à l’école de pêche des Sables d’Olonne et terminera major de sa promotion avec un Certificat d’Instruction Nautique qui lui permet d’obtenir un livret maritime.

Il embarque tout d’abord sur un soufrier puis sur le « Langevin » bateau d’essais et mesures, mais sa volonté était de naviguer sur un vieux gréement.

Il fera ainsi plusieurs voyages sur « La Boudeuse » dont un trajet Martinique-Nantes. Ce voilier trois mâts basé à Bastia effectuait une étude des « Peuples de l’Eau ».

C’est en 2000 qu’il intègre l’équipage du voilier sur lequel il me reçoit. Ce trois-mâts âgé de 120 ans a une carrière exceptionnelle et a connu divers usages avant de devenir un navire école civil ouvert à tous publics. Sergio en parle avec passion, reconnaissant avoir eu des débuts difficiles pour vaincre l’inconnu.

Tenté par l’ « Hermione » il renoncera à cette infidélité craignant de ne pas être réembauché.

Sur son bateau quelques marins ont des contrats à durée illimitée, mais il y a une importante rotation de personnel motivée souvent selon lui par la recherche d’une vie familiale plus stable.

Au sein de l’équipage il se décrit comme gabier-matelot-instructeur. Il travaille par périodes de 2 mois ½ pour 1 mois ½ de congés, sept jours sur sept, 10 heures par jour en mer et 8 heures si le bateau est à quai.

Sur le bateau est pratiquée ce qu’il appelle une navigation participative : les « stagiaires » arrivent la veille du départ qui s’effectue le lendemain matin. Avec l’équipage permanent ils vont contribuer à la veille, établir les voiles, barrer. Ainsi ils vont naviguer de 3 à 10 jours. Ces séjours nautiques sont souvent des cadeaux pour parfois de parfaits néophytes mais il y a aussi des habitués, la recordwoman totalisant cinquante stages !

Sergio ne tarit pas d’éloges sur la vie à bord, la bonne entente au sein de l’équipage : « je m’éclate », « c’est sain ». Il ne veut pas entendre parler de la retraite pour laquelle il n’a aucun projet hormis un retour vers sa région d’origine.

De tant de bons souvenirs et de belles rencontres il ne peut extraire un épisode particulier, mais évoque la fierté ressentie lors d’une escale à Venise. Il parle de l’émotion qui le saisit lorsque le bateau entre dans un port, en particulier lors de fêtes maritimes, et cite entre autres Le Havre, Amsterdam, Londres à l’occasion des JO. Il ne peut compter le nombre de pays où il a fait escale.

A terre il fréquente systématiquement les Seamen’s Clubs. Il consulte internet, les journaux. Il a une passion pour la correspondance écrite et fabrique des enveloppes avec des cartes marines. Des pays étrangers il rapporte des pièces de monnaie qu’il est autorisé à fixer aux poulies du voilier.

En congé il continue sa correspondance, pratique le football en salle, aime particulièrement le vélo et savoure les joies de la vie familiale avec ses neveux et nièces.

La cloche du repas a sonné, les obligations du bord se font sentir, nous échangeons nos coordonnées et une chaleureuse poignée de mains.

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